La pratique de la photographie a de nombreux points communs avec les arts martiaux, le Zen et les courants de philosophie Antiques — le stoïcisme notamment, que vous pouvez découvrir en lisant Le Manuel d’Épictète.

Henri Cartier-Bresson, un photographe qu’on ne présente plus, faisait souvent référence au livre « Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc » écrit par Eugen Herrigel — un classique de la littérature Zen occidentale.

John Daido Loori, un grand maitre Zen américain, était également photographe. Dans son livre « The Zen of Creativity », il utilise les préceptes de cette philosophie pour aider ses lecteurs à développer leur créativité et créer des œuvres plus personnelles et authentiques.

Regarder les grands maitres travailler est apaisant. Leur concentration est communicative et, lorsqu’on les observe, on a l’impression que le monde s’est arrêté — plus rien n’existe, à part la pratique elle-même. Les gestes sont fluides ; tout parait simple et naturel.

Cette simplicité et ce naturel se retrouvent dans leurs œuvres : le simple fait d’admirer leurs travaux nous apaise et nous réconforte. Passez quelques minutes avec le livre « Cape Light » de Joel Meyerowitz et vous comprendrez ce que je veux dire.

Au travers d’une pratique quotidienne de leur art, les grands maitres ont passé des années à se questionner — sur leur pratique en elle-même, mais également sur eux-mêmes et sur le monde qui les entoure. C’est ce questionnement permanent qui leur permet, aujourd’hui, de voir la vie avec une plus grande clarté et une plus grande sagesse.

La réaction de Joel Meyerowitz, après s’être fait voler du matériel et un ordinateur dans sa voiture, en est un bon exemple :

« If there is one thing that 50 years of making photographs has taught me it is that every moment, no matter what it brings; joy, pleasure, sadness, pain, or the endless bounty of everything else we can feel, it passes as quickly as it came, and the continual renewal of every moment is all we can hope to be conscious of. It is the attachment to things, as if they were permanent, that gets us into trouble. » — Joel Meyerowitz

(Traduction : S’il y a une chose que 50 ans de pratique de la photographie m’ont appris, c’est que chaque moment — peu importe ce qu’il apporte : joie, plaisir, tristesse, douleur ou n’importe quoi d’autre dans la liste interminable de tout ce que nous pouvons ressentir — passe aussi vite qu’il est venu. Le renouvellement continu de chaque instant est la seule chose dont nous pouvons espérer avoir conscience. C’est l’attachement aux choses, que nous considérons comme éternelles, qui nous trouble et cause nos souffrances.)

Philosophes, photographes, auteurs, artistes ou créatifs en tout genre, les grands maitres ont beaucoup à nous apprendre. Plus nous passons de temps avec eux, plus nous nous inspirons d’eux, et plus nous aurons de chances d’atteindre l’excellence et la sagesse — à condition, bien entendu, de pratiquer régulièrement et d’avoir le courage de nous poser des questions.

(Joel Meyerowitz est l’un de mes photographes préférés. En 2015, il a créé un blog et y a publié une photo par jour pendant un an. En le découvrant, je me suis souvenu des mots de Sénèque, le philosophe stoïcien : « Tu dois choisir un nombre limité de maitres-penseurs, et te nourrir de leur génie, si tu veux en tirer des idées qui resteront ancrées dans ton esprit. ». J’ai alors décidé de lire l’intégralité du blog de Joel Meyerowitz, en prenant mon temps, et de partager avec vous toutes les idées que cette lecture pourrait faire naitre dans mon esprit. C’est ainsi qu’est né le projet « A second time around the sun », dont l’article que vous venez de lire fait partie. L’intégralité du projet est à découvrir ici : a second time around the sun)