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Etant passionné de photo, je suis membre de plusieurs groupes dédiés à la photographie sur Facebook et d’autres réseaux sociaux.

Au sein de ces groupes, se côtoient différents profils, allant des photographes professionnels aux débutants, en passant par les modèles, pros ou pas, les pros ou pas du maquillage, etc.

La majeure partie des discussions sont courtoises et intéressantes, mais de plus en plus on voit s’affronter dans des discussions interminables et stériles des photographes professionnels et amateurs, toujours autour du sujet des amateurs qui proposent des prestations et volent le travail des pros – je simplifie un peu, mais vous aurez compris l’esprit.

En général, tout commence par une question assez banale : “Bonjour, j’aimerais faire une série de photos avec ma mère pour lui offrir pour son anniversaire. Combien dois-je prévoir de budget ?”.

Et là, en général, on a toujours les mêmes réponses :

> 150€

> Compter 150 à 200€

> Ça dépend de ce que tu veux comme photo

> Trop floue ta question on peut pas t’aider

> T’as qu’a utiliser ton iPhone, LOL

Et tout d’un coup, c’est le drame :

> Moi je suis photographe amateur, et je te les fais gratuites les photos.

Cette phrase dans un groupe de photographes ressemble étrangement au moment où les portes d’une arène s’ouvrent pour laisser entrer le taureau. On a une petite pause silencieuse de quelques secondes, tout le monde se regarde en silence, et d’un seul coup : FEU. On assiste alors à un déchainement de commentaires pour dire que c’est n’importe quoi, que les amateurs piquent le boulot des pros, qu’il faudrait réglementer la profession, que le travail au noir mérite la peine de mort, etc.

La discussion s’éternise, et au final on ne se souvient même plus de la question initiale, qui je le rappelle avait été posée par un potentiel client!

Inutile de vous dire qu’entre temps la personne à l’origine de la question a quitté le groupe, et n’est pas prête d’y reposer une question. Ni de faire appel à l’un des photographes qui participaient à la discussion d’ailleurs.

Voici quelques réflexions personnelles concernant cette “gueguerre”, et le métier de photographe.

Qu’est ce qu’un photographe professionnel ?

C’est la question qui revient le plus souvent sur le tapis : qu’est ce qui définit un photographe professionnel ? Le talent ? Le matériel ? Le numéro SIRET ? Le savoir faire ? La passion ? La qualité du travail ?

Désolé, mais ce n’est rien de tout ça.

La seule chose qui définit un photographe professionnel, c’est qu’il dépend de son travail de photographe pour vivre. C’est tout.

Pour un professionnel, le problème n’est pas d’être un bon photographe. Le véritable problème, c’est de vendre son travail.

Et oui, c’est moins sexy vu comme ça, mais pourtant comme tous les business, le photographe n’échappe pas à la règle. Si vous voulez survivre et continuer à exercer, il va falloir rentrer de l’argent pour pouvoir vivre.

Comme en général il exerce seul, un photographe pro doit donc avoir des qualités de commercial, de communiquant, et de marketing.

Une personne très forte dans ces domaines, et qui fait des photos moyennes aura beaucoup plus de chances de survivre qu’un très grand artiste qui passe son temps a rêver sa vie, et ne fait aucun effort pour développer son business, en espérant qu’un jour il sera “découvert” par quelqu’un, et qu’à ce moment là il deviendra célèbre.

Désolé d’avoir brisé l’un de vos rêves, mais c’est comme ça que ça marche. Vous n’avez pas le choix.

Etre professionnel demande des efforts, du travail, et de la persévérance

Créer une entreprise du jour au lendemain, et la voir marcher dès son lancement, ça n’arrive jamais.

Créer une entreprise ça demande du travail. Aussi bien avant la création qu’après.

Être photographe, c’est pareil. Vous pouvez obtenir dès demain un numéro SIRET et vous auto-proclamer photographe professionnel. Mais je peux vous assurer que trois mois plus tard vous n’aurez peut-être pas encore trouvé votre premier client.

On entend souvent les gens dire que photographe est un métier difficile, qu’il y en a de plus en plus, et que la majorité d’entre eux n’arrivent pas à vivre.

Mais ce n’est pas l’augmentation du nombre de photographes qui tue la profession. D’ailleurs, rien ne tue la profession.

Être photographe est un métier beaucoup plus accessible qu’avant, et du coup plus de gens s’auto-proclament photographes, mais sans faire les efforts nécessaires pour arriver a monter un business rentable et profitable – Encore une fois je ne parle pas de qualité artistique.

C’est en observant ces gens là qu’on a l’impression qu’il est impossible d’être photographe pro. Laissez les faire, regardez les couler, ne vous préoccupez pas d’eux, et bossez. Vous verrez, vous y arriverez.

Si vous n’êtes pas prêt à faire d’efforts, autant rester au chômage, et jouer au loto, c’est moins fatiguant.

Photographe, un métier en voie de disparition ?

Non, le métier de photographe n’est pas en voie de disparition.

Il est vrai que le marché murit, que la concurrence augmente, et qu’il est aujourd’hui plus difficile de se faire sa place au soleil.

Mais ce qu’il faut bien garder à l’esprit, c’est que sur le long terme, seuls les vrais professionnels survivront.

Par contre, il est vrai que le métier évolue, et de plus en plus rapidement d’ailleurs, porté par l’évolution des technologies, la diffusion des images, et l’accessibilité du matériel.

A vous de vous adapter à ces évolutions si vous voulez survivre.

Les amateurs volent notre boulot

Non, les amateurs ne sont pas responsables du fait que vous ne gagniez pas d’argent en tant que professionnel. Cet argument est encore plus ridicule que ceux utilisés par les Majors de l’industrie musicale qui se battent contre Julie, 12 ans, qui a “piraté” une chanson de Britney Spears!

Personne ne vole votre travail, c’est plutôt vous qui ne faites pas ce qu’il faut pour le gagner!

L’augmentation des photographes sur le marché (pros ou pas) est plus communément appelée “concurrence” dans l’industrie.

Et oui, comme partout, la concurrence peut-être déloyale. Il y a des lois qui essayent de remédier à ce problème, mais sans y arriver à 100%. Oui le travail au noir est déloyal, oui se faire rémunérer alors qu’on ne paye pas de charges est déloyal.

Mais vous croyez que le monde de l’entreprise est le même que celui des Bisounours?

Non, encore une fois, désolé, on vous a menti.

Alors soit vous pouvez continuer à vous plaindre, soit vous en faites abstraction et vous vous mettez à bosser.

Le monde de l’entreprise est dur, on ne se fait pas de cadeaux. Et ça, on ne l’apprend pas à l’école. Pourtant on s’en aperçoit très vite, et vous n’avez pas d’autre choix que de vous y adapter, ou de disparaitre.

En biologie, on appelle ça la sélection naturelle. Dans le monde professionnel, c’est pareil.

Les plus forts resteront, les plus faibles disparaitront.

Mais encore faut-il être fort dans le bon domaine, et pour le photographe, je vous le rappelle encore une fois, ce en quoi il faut être fort c’est la vente de son travail.

C’est bien beau de faire un travail très artistique avec des modèles fantastiques, et dans des endroits paradisiaques. Si personne ne vous l’achète, vous disparaissez. Point.

Faites une photo d’une usine dans une zone industrielle, vendez la photo au patron de l’entreprise qui sera fier de l’afficher dans sa salle de réunion, vous survivez. C’est moins sexy, mais vous survivez.

A qui la faute alors ?

Dans cette petite guerre entre pros et amateurs, chacun a sa part de responsabilité.

Les amateurs, ce serait sympa d’éviter de faire du black. En plus d’être illégal, ça ne donne pas une très bonne image de la profession. La majorité des clients ne sachant pas faire la distinction entre pros et amateurs, c’est toute la profession qui pâtit de ces pratiques.

Du côté des clients, il faut bien comprendre que si vous voulez une prestation, il va falloir la payer. Et une prestation en matière de photographie c’est un peu plus que les centièmes de secondes nécessaires à la prise de vue d’un cliché. Il y a pas mal de travail en amont de la séance, puis en post production, après la séance.

On aura beau faire tout ce que l’on veut, on ne fera pas évoluer les mentalités des gens en quelques jours.

Les amateurs travaillent parfois au black. C’est comme ça.

Certains clients veulent du travail impeccable, mais ne veulent rien payer. C’est comme ça.

Les pros, par contre, c’est votre métier. Si ça ne marche pas, c’est uniquement de votre faute. C’est trop facile de trouver des bouc émissaires pour justifier vos difficultés.

Je suis en train de finaliser un article dans lequel je livrerai quelques conseils pour les gens qui veulent se lancer dans la photographie, et devenir professionnel. N’hésitez pas à me suivre sur Facebook ou Twitter pour ne pas le louper quand il sortira.

La réponse que le client aurait aimé entendre

Ce que je trouve le plus dérangeant dans l’exemple que j’ai utilisé dans l’introduction de cet article pour présenter la guerre Pros Vs Amateurs, c’est que la personne qui a posé la question est potentiellement un client, et que personne n’a répondu de façon adéquate à sa question.

Si j’avais été à sa place, voici ce que j’aurais aimé lire.

“Bonjour,

Il faut compter environ 150€ pour ce genre de prestation.

Si vous êtes intéressée, nous discuterons ensemble pour définir exactement quelles sont vos attentes, et quelle photo vous souhaitez.

Ceci nous permettra de choisir un lieu adéquat, une tenue vestimentaire appropriée, et une heure pour la séance photo.

La séance en elle-même durera environ 1h00, pour ne pas que ce soit trop fatiguant pour votre mère et vous. Il faut que vous partagiez un bon moment avec elle, et pas que vous ayez l’impression de faire un travail difficile.

Après la séance, il me faudra 3 à 4 jours pour avoir le temps de finaliser les photos, ceci pour qu’elles correspondent exactement à ce que vous attendez!

Vous obtiendrez vos photos en format numérique, et pourrez aussi choisir d’autres supports, comme des cadres, des albums photos, etc. – Le tarif varie bien entendu selon le support choisi.

Enfin, je garde une copie des photos sur une sauvegarde. Si un jour vous perdez vos photos, vous pourrez simplement me contacter pour en avoir une nouvelle copie.

Voici mes coordonnées : xxxx Et mon site internet pour découvrir mon travail : XXX

Bonne fin de journée, et n’hésitez pas si vous avez d’autres questions, je me ferais un plaisir d’y répondre.”

Ce qu’il y a dans cette réponse :

  • On a le tarif.
  • On voit que le photographe est sérieux et connait son boulot (discussion avant la séance).
  • Le client sait comment se déroule la séance, ce qui enlève une appréhension.
  • Le client sait qu’il va s’amuser pendant la séance, plutôt que de travailler, ça le rassure.
  • Le client comprend que vous ne travaillez pas que pendant la séance, mais aussi avant et après, il comprendra plus facilement vos tarifs.
  • Il a une idée des délais pour avoir les photos après la séance.
  • Vous introduisez de nouveaux produits auquel il n’aurait peut-être pas pensé (cadre, album, etc.) ce qui vous permettra surement de faire des ventes supplémentaires.
  • Il a une assurance même après la prestation (sauvegarde des photos).
  • Il a vos coordonnées
  • Il peut voir votre travail, ce qui le rassurera concernant vos qualités artistiques.
  • Vous incitez le client à vous contacter si il a des questions, il sait que vous êtes une personne ouverte et abordable.

En lisant ceci, le client aurait été certain d’avoir affaire à un vrai pro qui connait son boulot. Si les tarifs lui semblent trop cher, libre à lui de passer par un amateur. Mais d’après mon expérience, la réaction aurait été plutôt l’inverse : le client serait devenu suspicieux des propositions gratuites des amateurs, en se demandant ce qu’il n’aurait pas par rapport à votre prestation.

Les amateurs, les meilleurs amis des pros

Chers amis photographes professionnels, la communauté de la photographie est une belle communauté.

Rabaisser les photographes amateurs ne sert à rien, au contraire même.

Engagez les discussions, aidez les débutants à progresser grâce à vos conseils, invitez les à vous assister sur des séances compliquées ou intéressantes.

Les amateurs sont sans doute vos meilleurs commerciaux. Souvent, ce sont eux qui vous conseilleront auprès de leurs amis, ou de leur famille. Mais pour cela, il faut qu’ils aient confiance en vous.

Et même si parfois ils marchent sur vos plates-bandes, ce n’est pas en général sur les contrats les plus intéressants, ni les plus rémunérateurs.

Note de la redaction

Une dernière chose pour conclure : puisque la spécialité des gens qui se sentent un peu faibles est d’utiliser des attaques personnelles contre les gens qui essayent d’engager une discussion un peu construite, voici quelques éclaircissements sur ma situation.

Je pratique la photo, mais ne vit pas de cela. Je suis donc amateur. Il m’est déjà arrivé de gagner de l’argent avec la photographie, notamment avec mes sites internet, et ces revenus ont bien entendu étés déclarés.

Coté professionnel, j’ai une société qui m’appartient, j’ai travaillé seul pendant près de deux ans, avant de pouvoir embaucher une première personne. J’ai passé près d’un an sans arriver à me dégager un vrai salaire, et encore aujourd’hui il m’arrive de ne pas me verser de salaire quand la société est un peu juste en trésorerie certains mois. Donc ne me dites pas que je ne sais pas ce que c’est le travail d’entrepreneur, hein.

Les commentaires sont a vous ;)

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