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Daido Moriyama a su libérer son regard et son esprit — c’est ce qui fait de lui un immense photographe

Chaque jour, Daido Moriyama prend des photos — tout ce qui attire son regard, il le photographie.

Moriyama est connu pour prendre un nombre gigantesque de photos — au moins 36 photos en moins de 100 mètres, d’après Takeshi Nakamoto, qui dans son livre How I Take Photographs décrit ainsi le comportement de Moriyama lorsqu’il est dans la rue : « Il semble n’y avoir ni rime ni raison, pas de concept, pas de partis pris. On dirait qu’il veut juste créer un facsimilé de la rue. […] Il ne se contente pas simplement de marcher le long de la route — il plonge dans de petites ruelles, puis revient, traverse et retraverse la route encore et encore. Il marche quelques mètres, regarde par-dessus son épaule, puis décide soudain de reculer de plusieurs pas et de déclencher. Et — appelez cela méthode ou folie — cette attention totale et obsessionnelle ne se limite pas à un endroit particulier. Il l’applique dans les rues des villes du monde entier. C’est quelque chose qu’il fait depuis qu’il a commencé d’utiliser un appareil photo, il y a plus de cinquante ans. »

Pour Moriyama, la qualité ne peut venir que de la quantité, et il le répète souvent. « Viser, déclencher. Viser, déclencher. C’est tout ce que vous avez à faire, sans jamais réfléchir. […] Oubliez tout ce que vous avez appris au sujet de la photographie pour le moment, et déclenchez ».

« Une chose que je vous recommanderai », explique Moriyama, « c’est de prendre des photos, beaucoup de photos, des photos de n’importe quel trajet réalisé dans votre vie quotidienne. Par exemple, les étudiants peuvent photographier leur trajet jusqu’à l’école. Ceux qui travaillent dans un bureau peuvent prendre des photos de leur trajet quotidien, ou des rues commerçantes qu’ils traversent chaque jour pour rejoindre le métro. Juste leur trajet quotidien. En plus de leur permettre de progresser en photographie, c’est un moyen de comprendre comment leur propre pouvoir d’observation affecte ce qu’ils voient, même s’il s’agit de la chose la plus ordinaire. »

À ceux qui réfléchissent et cherchent à créer des images qui ont un sens, il répond : « La seule façon de vous assurer qu’un cliché aura un jour un sens, c’est de le prendre. Ne réfléchissez pas trop avant de déclencher, ne vous posez pas de questions, ne soyez pas rationnel : appuyez simplement sur le déclencheur. »

J’insiste sur ce point : le sens, ce n’est pas sur le terrain que vous devez le chercher, mais plus tard, devant votre ordinateur, en découvrant les images réalisées dans la journée. Sur le terrain, tout ce que vous avez à faire, c’est de « poser le cerveau ». Écoutez votre cœur, soyez attentifs à vos sensations, aux sentiments que vous éprouvez, et dès que vous en ressentez le besoin, déclenchez — le plus naturellement et le plus intuitivement possible.

« Moriyama a appris, grâce à son expérience personnelle, que les photographies prises sans réflexion particulière, des décennies auparavant, ont tendance à se transformer en images qui, dix ou vingt ans plus tard, peuvent complètement transcender ses intentions et motivations initiales », explique Nakamoto.

Au moment où vous déclenchez, vous n’avez aucun moyen de savoir ce que donnera réellement une image. Une photographie contient toujours plus d’informations que ce que votre œil peut discerner — ce qui est caché, vous ne le découvrirez que bien plus tard. Vous n’avez aucun moyen non plus de deviner ce à quoi vous servira cette image dans le futur. Peut-être qu’un jour vous l’utiliserez dans un livre, un article, vous la vendrez, vous l’offrirez… Qui sait ? Aussi, sur le terrain, tout ce que vous avez à faire, c’est de déclencher, sans vous poser de questions.

Si vous lui parlez de matériel, Moriyama, qui a toujours préféré travailler avec un compact qui tient dans la poche de son jean, vous répondra : « Peu importe l’appareil photo utilisé — un jouet, un polaroid, ou tout autre matériel — tant qu’il fait ce qu’un appareil photo doit faire. »

Plus que le matériel, ce qui compte, c’est ce que voit le photographe : « Je me concentre sur ce qui est juste devant moi. Tout ce qui m’importe, c’est de savoir si une chose est interessante ou non. »

Et, si vous lui dites qu’il n’y a rien d’interessant à photographier là où vous habitez, Moriyama vous répondra ceci : « Le Japon est un tout petit pays, n’est-ce pas, et pourtant, sur une seule de ses autoroutes, vous trouverez d’innombrables images, qui sont là, et n’attendent qu’une seule chose : que vous les preniez. Une seule route… Continuez à la suivre, aussi loin que vous le pouvez, et vous prendrez photo après photo – vous pouvez faire un livre photo avec une seule autoroute. Il y a une telle abondance de choses à photographier autour de nous et à chaque instant. »

S’il est devenu un immense photographe, ce n’est pas grâce aux évènements extraordinaires qu’il a vécu, au matériel hors norme qu’il utilise, ni au fait qu’il parcourt le monde pour découvrir des endroits jamais encore photographiés.

Non.

Ce qui a permis à Daido Moriyama de devenir l’immense photographe qu’il est aujourd’hui, c’est sa capacité à voir. Sa capacité à se concentrer sur ses sujets. Sa capacité à dénicher des choses intéressantes où qu’il soit, et à les photographier, sans s’encombrer l’esprit avec des considérations techniques, ou des questions inutiles, comme : est-ce que mes photos sont originales ? Qu’est-ce que les gens vont penser de mes images ? Si je prends ceci en photo, à quoi me servira ce cliché ? Est-ce que c’est comme ceci que je dois faire ? Est-ce que les autres photographes font cela ?

Moriyama a su libérer son regard et son esprit.

C’est ce qui a transformé ses photos.

Et c’est ce que j’enseigne aux élèves qui suivent la formation : Libérez votre regard.

À travers sa pratique, « Moriyama ne cesse de remettre en question le monde qu’il photographie, ne cesse de remettre en question les photographies qu’il prend et ne cesse de remettre en question la personne qui essaie de prendre ces photographies », nous explique Takeshi Nakamoto.

Ceci aussi, nous l’explorons dans cette formation, car la Photographie de tous les jours, celle pratiquée par Daido Moriyama, celle que je pratique, celle que j’enseigne, transformera bien plus que vos photos.

« S’engager dans la photographie comme la pratique Moriyama », conclut Nakamoto, « c’est ne jamais cesser de se poser des questions — sur le monde et sur soi-même — à travers l’appareil photo et à travers la photographie. »

Cette formation est passionnante, et vous en sortirez grandi, vous verrez.

> Cliquez ici pour vous inscrire à la formation Libérez votre regard

— Nicolas Croce

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