Dire tout et son contraire

Hier, suite à la publication de l’article intitulé Faites attention aux algorithmes, j’ai reçu un email de Didier, un lecteur du blog, dans lequel il aborde un sujet intéressant.

(Une parenthèse à ce sujet, je me suis toujours considéré chanceux d’avoir des lecteurs comme vous, et encore une fois, cet email me prouve que vous êtes au-dessus de la moyenne : prêts à poser des questions, à remettre en cause des idées, à faire entendre votre opinion. Bravo — et merci, car ça m’oblige à me poser des questions et m’aide à progresser).

Je vous laisse lire son message puis on en discute ensemble :

Bonjour Nicolas.

Il est bien vrai que les algorithmes sont partout. Par contre, je suis une fois de plus étonné par vos propos, qui vont un jour dans un sens et puis dans son contraire.

En effet, par les brèves matinales ou la formation « lire et apprendre » que j’ai acquise, vous mentionnez qu’il était bon pour nourrir son anti-bibliothèque de regarder les livres aussi achetés par les autres acheteurs et donc ceux suggérés par des plate-formes de vente en ligne.

Et aujourd’hui, clac, virage à 180 degré, et c’est « Fuyez les algorithmes ».

Il devient régulièrement de plus en plus difficile de suivre vos raisonnements.

Didier à tout à fait raison. Je vous ai déjà recommandé de faire confiance aux algorithmes de suggestion pour trouver des lectures intéressantes, et hier j’ai publié un article intitulé Faites attention aux algorithmes.

Mais là où Didier se trompe, c’est qu’il ne s’agit pas d’un virage à 180 degrés. Je ne me suis pas trompé, et je n’ai pas changé d’avis non plus : je maintiens ces deux conseils.

Si vous vous intéressez à un domaine spécifique par exemple, et que vous venez de lire un livre à ce sujet, les algorithmes pourront vous suggérer d’autres livres intéressants qui traitent du même sujet. Dans ce cas là, il sera bon de leur faire confiance — surtout si le domaine auquel vous vous intéressez est nouveau pour vous, car dans ce cas là, les algorithmes connaissent probablement mieux les acteurs du domaine que vous.

Par contre, à trop faire confiance aux algorithmes, le risque est de vous enfermer dans une bulle au sein de laquelle tous les avis convergent.

Le biais de confirmation — un biais cognitif que j’aborderai bientôt dans le cadre de notre étude des modèles mentaux — est une tendance que nous avons à privilégier les informations confirmant nos idées ou nos hypothèses, et à accorder moins d’importance aux hypothèses et informations qui les contredisent.

Les algorithmes tendent à accentuer ce phénomène.

Lorsque vous voulez approfondir un sujet, il est donc intéressant de faire confiance aux suggestions des algorithmes. Mais parfois, pensez à en sortir, à remettre en question les suggestions, à rechercher volontairement des avis contraires, à étudier de nouveaux domaines — même s’ils ne sont pas populaires dans votre cercle d’influences.

Ces conseils qui semblent se contredire — écouter et ne pas écouter les algorithmes — peuvent vous mettre mal à l’aise. C’est tout à fait naturel, et ça a même un nom : la dissonance cognitive. Wikipédia décrit ce phénomène ainsi :

En psychologie sociale, la dissonance cognitive est la tension interne propre au système de pensées, croyances, émotions et attitudes (cognitions) d’une personne lorsque plusieurs d’entre elles entrent en contradiction l’une avec l’autre. Le terme désigne également la tension qu’une personne ressent lorsqu’un comportement entre en contradiction avec ses idées ou croyances.

Croire une chose et son contraire est compliqué pour notre esprit. Pourtant, c’est une chose à laquelle vous devez vous habituer, et nous en avons déjà parlé ici même, dans l’article intitulé Dissonance cognitive dont voici un extrait :

Vous devez comprendre que la majorité des idées et concepts auxquels vous êtes confronté ne sont pas vrais ou faux ; bons ou mauvais ; noirs ou blancs. Mais qu’ils se situent plutôt quelque part entre les deux : dans une zone grise. Une zone où une idée et son contraire peuvent être vraies — en fonction des circonstances, de l’environnement, des individus ou des objets concernés, etc.

Vous devez apprendre à vivre et à réfléchir malgré les dissonances cognitives. Comprendre qu’il est tout à fait possible que deux idées soient opposées mais vraies.

En réalité, vous devez même chercher à créer des dissonances cognitives dans votre esprit, c’est à dire à remettre en cause régulièrement vos croyances, à vous mettre à la place de vos adversaires, à comprendre les systèmes de pensées opposés au votre.

En clair, vous devez vous forcer à considérer les arguments inverses, surtout quand ils défient les idées que vous préférez.

(Lire est important. Mais plus que la lecture, ce qui est important c’est de transformer les informations que vous amassez en connaissances exploitables, puis de les retrouver quand vous en avez besoin. Ces connaissances vous permettront de mener à bien vos projets et, à long terme, transformeront votre vie. Pour vous y aider, j’ai mis à votre disposition sur le blog un ensemble de ressources gratuites, et pour aller plus loin et découvrir les secrets qui m’ont permis de changer de vie et de publier plus de 10 livres en 4 ans, je vous conseille de suivre la formation Comment Lire et Apprendre Efficacement. Vous y découvrirez un système clé en main, simple et efficace pour enregistrer, organiser et utiliser vos connaissances — un véritable cerveau annexe)