Essai nº 1 532

Via Negativa

21 décembre 2025 · 3 min de lecture · Concepts Clés

L’expression « Via Negativa » vient du latin et signifie « voie négative ». Ce concept est une manière d’approcher une réalité jugée trop complexe pour être décrite correctement par des affirmations positives : plutôt que de dire ce que c’est, on avance en reconnaissant ce que ce n’est pas.

À l’origine, la Via Negativa appartient à la théologie apophatique : on cherche à parler de Dieu en évitant les prédicats qui risquent de réduire le divin à des notions trop humaines. Si Dieu est transcendant (au-delà de l’être, des concepts, des images), alors des phrases comme « Dieu est X » sont dangereuses, car elles peuvent fabriquer une idole conceptuelle. La voie négative préfère donc : « Dieu n’est pas limité », « n’est pas corporel », « n’est pas changeant », etc.

Dans un sens plus moderne, le concept de Via Negativa est aussi utilisé en épistémologie pratique (décision, hygiène de vie, stratégie) : on progresse plus sûrement en supprimant ce qui nuit qu’en ajoutant des recettes incertaines.

Un extrait de mon livre, L’énergie de la réussite, à ce sujet :

Vous trouverez de nombreux conseils pour lancer votre business, améliorer vos performances, être heureux, devenir riche, rester en bonne santé, etc. La plupart vous suggèrent de prendre de nouvelles habitudes : faire du sport, pratiquer la méditation, écrire dans un journal, etc. En soi, ces conseils ne sont pas mauvais. Mais gardez à l’esprit que le plus important n’est pas d’ajouter de nouvelles choses dans votre vie déjà chargée. Le plus important est d’enlever tout ce que vous pouvez.
Enlevez les mauvaises habitudes, ce qui vous fait perdre du temps, ce qui pompe votre énergie, ce qui n’est pas important, ce qui ne vous fait pas avancer dans la bonne direction. Une fois que vous aurez enlevé ce qui gaspille votre temps et votre énergie, vous pourrez vous concentrer sur l’essentiel et mettre en place de bonnes habitudes pour avoir plus d’énergie, maitriser votre temps et réussir vos projets. Mais commencez par simplifier, par enlever.

Arrêter ce qui échoue de façon répétée est souvent plus fiable que « trouver la solution parfaite » du premier coup. Pour nous, créatifs et entrepreneurs, cet état d’esprit est important, car il nous permet d’avancer — lancer notre produit, dévoiler notre création — sans attendre que tout soit parfait. On accepte de tester, puis, dans un second temps, d’enlever ce qui ne fonctionne pas.

La Via Negativa vous protège contre deux pièges très humains :

  1. Croire qu’on comprend parce qu’on a mis un mot dessus. Dire « c’est X » donne une sensation de maîtrise. Mais parfois, le mot est juste une étiquette qui réduit la réalité (ou la déforme). La voie négative force à reconnaître : « je ne peux pas enfermer ça dans une définition propre ».
  2. Réduire les erreurs coûteuses. Ajouter des « solutions » (méthodes, hacks, règles) crée souvent des effets secondaires : surcharge, rigidité, dépendances, complexité. En revanche, enlever ce qui nuit (bruit, dispersion, mauvaises habitudes) est souvent plus sûr et plus stable — surtout à long terme. Cette approche diminue la probabilité de se tromper lourdement.

Pour certains, l’approche par voie négative peut s’avérer frustrante, car notre cerveau aime les réponses claires, les règles simples, et préfère la certitude à l’incertitude. Or, la Via Negativa, c’est plutôt : « je peux te dire ce que ce n’est pas, je peux enlever des erreurs, mais je ne peux pas te donner une définition complète ni une recette parfaite. »

En suivant cette voie, on arrive fréquemment dans des zones grises, de l’indéterminé, parfois même du silence — et beaucoup ne le tolèrent pas, préférant obtenir des solutions claires, totales et qui éliminent tout inconnue de l’équation.

Il faut du courage pour tolérer l’inconnu, de l’ouverture d’esprit et de l’humilité pour accepter de ne pas tout savoir, mais cette approche, à long terme, pourrait être la clé d’une vie épanouie.

Pour résumer, la Via Negativa se traduit par une heuristique très simple :

  1. Identifier ce qui nuit
  2. Commencer par enlever
  3. N’ajouter qu’ensuite — si et seulement si le bénéfice est clair et le risque (ou coût) est limité.

Une idée simple, mais difficile à appliquer.

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