Le mythe de l’entrepreneur à l’heure de l’IA
Dans son livre E-myth : Le mythe de l’entrepreneur revisité, Michael E. Gerber explique que vous devriez tout faire pour ne pas être indispensable à votre entreprise. Aujourd’hui, grâce à l’IA, cet objectif n’a jamais été aussi facile à atteindre. Et non, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ceci ne concerne pas que les entrepreneurs.
Le mythe de l’entrepreneur
Pour Michael E. Gerber, le mythe de l’entrepreneur (E-Myth), c’est l’idée fausse selon laquelle la plupart des entreprises sont créées par de vrais entrepreneurs. En réalité, Gerber observe qu’elles sont surtout lancées par des « techniciens » — des gens qui savent bien faire un métier (un boulanger, un développeur, un coiffeur) et qui pensent qu’être doué pour le travail technique suffit pour diriger une entreprise qui fait ce travail.
C’est là que se produit ce qu’il appelle la « crise fatale », car maîtriser le métier et gérer une entreprise sont deux choses complètement différentes.
Travailler SUR votre entreprise, pas seulement DANS votre entreprise
Pour Gerber, tout dirigeant doit incarner trois rôles à la fois :
- L’entrepreneur : un visionnaire tourné vers l’avenir et les opportunités.
- Le manager : l’organisateur qui veut de l’ordre, des systèmes et de la planification.
- Le technicien : celui qui aime faire le travail concret.
Si le déséquilibre côté technicien est trop important, l’entreprise ne pourra pas fleurir, et l’entrepreneur s’épuisera à la tâche.
Le cœur du livre de Gerber, c’est le message que vous avez probablement déjà entendu à maintes et maintes reprises : travaillez SUR votre entreprise, pas seulement DANS votre entreprise.
Le technicien reste prisonnier de son affaire parce qu’il fait tout lui-même ; il ne s’est pas créé une entreprise, il s’est créé un emploi épuisant — encore plus épuisant que lorsqu’il occupait ce poste, en tant qu’employé, dans l’entreprise d’un autre.
La solution proposée par Gerber s’inspire du modèle de la franchise (façon McDonald’s) : construire un prototype de franchise. Autrement dit, concevoir son entreprise comme si on allait la dupliquer des milliers de fois.
Cela oblige à tout systématiser ; à documenter chaque processus dans des procédures claires, pour que l’entreprise fonctionne grâce à des systèmes plutôt qu’à dépendre du talent de personnes exceptionnelles. Le but : une affaire qui tourne sans vous.
En somme : passer de l’artisan à l’entrepreneur, en construisant des systèmes reproductibles qui rendent l’entreprise indépendante de son fondateur.
Et si je ne suis pas entrepreneur ?
La logique de Gerber ne s’applique pas qu’aux fondateurs d’entreprise, mais à n’importe quel employé de bureau.
Diplômé de l’École polytechnique de Zurich en 1900, Einstein est le seul de sa promotion à ne décrocher aucun poste d’assistant1. Suivent deux années de vaches maigres (petits tutorats, remplacements). C’est son ami Marcel Grossmann qui le sauve : le père de Grossmann le recommande à Friedrich Haller, directeur de l’Office fédéral de la propriété intellectuelle à Berne.
Einstein y entre en juin 1902 comme expert technique de 3e classe, pour environ 3 500 francs par an. Il y restera sept ans, jusqu’en octobre 1909, date de son premier poste universitaire2.
Le poste d’Einstein à l’Office fédéral de la propriété intellectuelle, c’est huit heures de travail par jour, six jours par semaine. Mais Einstein devient si efficace dans l’examen des brevets qu’il expédie sa journée de travail en deux ou trois heures. Le reste du temps, il le consacre à sa physique : il garde ses calculs dans le deuxième tiroir de son bureau, qu’il appelle en plaisantant son département de physique théorique, et les escamote quand il entend des pas dans le couloir.3
C’est pendant ces années de bureau — et non dans un laboratoire — qu’il produit en 1905 son annus mirabilis : quatre articles en quelques mois4.
L’histoire d’Albert Einstein nous permet de tirer quatre leçons importantes :
- Quel que soit votre poste, vous pouvez l’optimiser. Être entrepreneur, c’est plus un état d’esprit qu’un statut. En adoptant la logique de Gerber, vous pouvez améliorer votre travail et vous libérer du temps que vous pourrez employer à autre chose.
- Le travail alimentaire d’Einstein n’était pas du temps perdu — il aiguisait sa pensée. Friedrich Haller exigeait de ses examinateurs une méfiance systématique : partir du principe que tout ce que dit l’inventeur est faux, et réduire chaque invention à son principe essentiel. Des années de cet exercice quotidien ont entraîné exactement le muscle dont la relativité avait besoin : questionner les prémisses que tout le monde tient pour acquises. Sans compter que le nombre d’idées nouvelles auxquelles Einstein était confronté favorisait les collisions.
- Le poste l’a protégé de la mauvaise incitation. Einstein a dit plus tard qu’un métier pratique avait été un salut pour quelqu’un comme lui : un poste académique l’aurait contraint à publier vite et beaucoup, donc à produire du médiocre. Le bureau des brevets, lui, n’exigeait rien de sa pensée — elle restait libre. Il a décrit ce bureau comme un cloître séculier où il a couvé ses plus belles idées5. C’est dans le même état d’esprit que j’aborde la photo — je n’ai jamais voulu vendre mes tirages, pour rester libre de créer sans aucune contrainte.
- L’incubation fut longue. Dans Mastery, Robert Greene insiste sur ce point : l’expérience de pensée fondatrice d’Einstein (chevaucher un rayon de lumière) date de ses 16 ans, en 1895. Dix ans de maturation ont été nécessaires à son idée pour prendre sa forme finale. Le temps libéré au bureau des brevets n’a pas créé l’idée, mais lui a donné de la matière et de l’espace pour éclore. En tant que créatif, vous avez besoin de trois temps de travail bien distincts : Accumulation, incubation et exécution.
De l’artisan à l’entrepreneur — à l’heure de l’IA
Documenter chaque processus, et construire des systèmes qui produisent un résultat reproductible et constant, voilà le programme de Gerber. Pour chaque tâche de votre entreprise, l’idéal est qu’elle puisse :
- vous prendre le moins de temps et d’énergie possible,
- être réalisée par quelqu’un d’autre que vous — dans l’idéal, quelqu’un sans aucune qualification ni expérience —, ou mieux,
- être totalement automatisée.
Einstein n’avait qu’un seul levier pour libérer son temps : sa propre vitesse d’exécution. Vous, vous en avez un de plus : l’intelligence artificielle.
Dans Claude Cowork, vous pouvez lancer un enregistrement de votre écran, effectuer une tâche sur votre ordinateur ou votre navigateur internet, parler pour décrire chaque étape, et la faire analyser par Claude. Ce dernier créera une compétence, qu’il pourra ensuite utiliser pour accomplir cette tâche à votre place, sans nécessiter votre intervention.
En clair, Claude transforme une tâche en un processus documenté et réutilisable — le cœur même de la thèse de Gerber.
Pour créer votre première compétence, rien de plus simple :
- Ouvrez Claude Desktop (nécessite un plan Pro, Max ou Team)
- Choisissez Cowork
- Cliquez sur le « + » situé juste en dessous du champ de saisie
- Sélectionnez « Enregistrer une compétence »
- Lancez l’enregistrement
- Effectuez votre tâche en la commentant à voix haute, puis arrêtez l’enregistrement
- Claude en tire la compétence. Et voilà.
Alors, choisissez une tâche, enregistrez votre écran pendant que vous l’accomplissez — et ce sera peut-être la dernière fois que vous la ferez.
Et si vous avez besoin d’aide pour optimiser vos journées ou vos processus, nous pouvons en discuter. Parfois, il suffit d’une conversation avec quelqu’un qui voit ce que vous ne voyez pas encore pour débloquer une situation.
Notes
- Il s’est mis à dos plusieurs professeurs, qui refusent de le recommander ↩
- professeur associé à Zurich ↩
- C’est le biographe Walter Isaacson (Einstein: His Life and Universe, 2007) qui rapporte ces détails. ↩
- effet photoélectrique, qui lui vaudra le Nobel ; mouvement brownien ; relativité restreinte ; E=mc² ↩
- lettre à son ami Michele Besso, qu’il avait d’ailleurs fait embaucher au même office ↩